Dernière mise à jour le Septembre 8, 2026
Comment la France est devenue la première nation démocratique à garantir les congés payés en 1936
En juin 1936, quelque chose d'extraordinaire se produisit sur les quais de gare à travers Paris. Des familles ouvrières montèrent dans des trains en direction de la côte pour leurs premières vacances de leur vie. Quelques semaines auparavant, l'Assemblée nationale française avait adopté une loi garantissant deux semaines de congés payés pour chaque travailleur. Ce n'était pas seulement un changement de politique. C'était une révolution culturelle qui allait transformer la façon dont les sociétés démocratiques conçoivent le travail et les loisirs.
Regardez la vidéo complète ci-dessous pour voir comment ce moment historique s'est déroulé.
Les travailleurs n'avaient aucun congé payé au tournant du XXe siècle
Au début des années 1900, les travailleurs avaient remporté une victoire majeure : la journée de travail de 8 heures était devenue la norme ou la loi dans la plupart des pays. Mais c'est là que le progrès s'arrêtait. Nulle part dans le monde les employeurs n'étaient tenus de payer les travailleurs pour leurs congés annuels.
Si vous tombiez malade, vous perdiez la paie de cette journée. Si vous aviez un bébé, vous n'étiez pas rémunéré. Et les vacances ? Elles étaient réservées exclusivement à la classe supérieure et peut-être à quelques personnes de la classe moyenne supérieure qui pouvaient se les offrir.
Parfois, une usine pouvait fermer pour des travaux de rénovation, accordant aux travailleurs des congés imprévus. Mais le concept de congés payés pour les travailleurs ordinaires n'existait tout simplement pas.
Les bolcheviks créèrent la première loi nationale sur les congés payés en 1922

En octobre 1917, les bolcheviks s'emparèrent du pouvoir en Russie. Dès leur deuxième jour au pouvoir, ils décrétèrent une journée de travail de 8 heures pour tous les Russes. Au cours des cinq années suivantes, ils élaborèrent ce qui allait devenir le code du travail soviétique. Bien qu'un décret initial signé par Vladimir Lénine en 1918 accordât aux travailleurs deux semaines de congés annuels, il fut codifié en loi en 1922.
Le code du travail soviétique garantissait une journée de travail de 8 heures, plafonnait les travailleurs à 41 heures par semaine, réglementait les heures supplémentaires et garantissait deux semaines de congés payés pour tout travailleur ayant au moins six mois d'emploi continu. Il s'agissait ainsi de la première loi nationale à établir des congés payés dans l'histoire.
Mais il y avait un problème important. La bureaucratie totalitaire rendait l'application inégale et souvent perturbée par la guerre, la famine ou les plans d'industrialisation de Staline. Néanmoins, les principes étaient écrits, et cela avait de l'importance.
L'Italie fasciste instaura les congés payés comme outil politique en 1927

Cinq ans s'écoulèrent avant qu'un autre mouvement majeur ne survienne dans le droit du travail. En 1927, le régime fasciste de Mussolini en Italie publia la Charte du travail (la Carta). Parmi ses dispositions, elle garantissait des congés annuels aux travailleurs.
Cela est notable car le fascisme et le communisme réglèrent tous deux les questions de droit du travail, comme les congés payés, avant toute démocratie capitaliste. Mais il y avait un côté plus sombre. L'État accordait aux travailleurs des loisirs rémunérés, ce qui les liait plus étroitement à l'État lui-même. Les congés payés devenaient un outil politique plutôt qu'un véritable avantage pour les travailleurs.
La Grande Dépression amena les pays démocratiques à remarquer leur retard en matière de droit du travail
Dans les années 1930, le monde démocratique traversait de graves turbulences. La Grande Dépression avait anéanti les économies, le chômage était catastrophique, et l'Italie et l'Union soviétique pouvaient montrer leurs systèmes du travail comme preuve qu'ils prenaient soin des travailleurs. Pendant ce temps, les nations démocratiques n'avaient aucune histoire semblable à raconter.
Cela prépara le terrain pour un changement, notamment en France. Au début des années 1930, la politique française était instable. En 1935, les partis de gauche français (socialistes, communistes et radicaux) formèrent une alliance appelée le Front Populaire. Un an plus tard, en 1936, ils obtinrent une majorité parlementaire.
Le leader socialiste Léon Blum devint Premier ministre de France, devenant ainsi le premier socialiste et le premier Premier ministre juif de l'histoire de France. Mais la célébration ne dura pas longtemps.
Deux millions de travailleurs français occupèrent les usines et exigèrent un nouveau contrat social
Entre l'élection de Blum et sa prise de fonctions, la société française connut un tournant majeur. En l'espace d'un mois, deux millions de travailleurs français se mirent en grève. Mais ce n'était pas une grève traditionnelle où les gens quittaient leur poste. Au lieu de cela, ils occupèrent les usines et refusèrent de travailler tout en restant à l'intérieur.
Des centaines d'usines à travers la France furent occupées. Les grévistes ne réclamaient pas principalement des augmentations de salaire. Ils voulaient un tout nouveau contrat social.

Quelques jours après la formation de son gouvernement, le Premier ministre Blum organisa des réunions d'urgence à sa résidence. Il rencontra les fédérations patronales, les syndicats et les représentants de l'État lors de sessions continues. Le 7 juin 1936, ils signèrent les Accords Matignon.
L'accord comprenait une augmentation de salaire de 20 %, la reconnaissance des syndicats et des droits à la négociation collective. Mais la réalisation majeure fut l'engagement de créer un nouveau contrat social.
La France adopta sa loi sur les congés payés en seulement deux semaines
Au cours des deux semaines suivantes, l'Assemblée nationale française travailla à une vitesse inhabituellement rapide. Le 11 juin 1936, elle établit la loi : toute personne travaillant depuis plus d'un an bénéficiait de deux semaines de congés payés.
L'impact culturel fut immédiat. En juillet, les syndicats français organisaient des trains vers la côte. En août, des dizaines de milliers de familles françaises se rendaient sur les plages pour leurs premières vacances. Les photographies de cette époque sont historiques car elles montrent ce qui est possible quand les gens s'unissent et exigent quelque chose de meilleur.
Le droit à deux semaines instauré en 1936 s'élargit progressivement à trois semaines, puis finalement à cinq semaines en 1982, où il demeure aujourd'hui.
Quelques jours après que la France eut adopté sa loi, l'Organisation internationale du Travail se réunit à Genève et adopta la Convention sur les congés payés. Elle exigeait que les pays ratificateurs accordent au moins six jours de congés payés aux travailleurs. Six jours était modeste, mais c'était officiellement reconnu à l'échelle mondiale.
La loi américaine sur les normes du travail excluait délibérément les congés payés
Le Royaume-Uni fit ses premiers pas en 1938, accordant une semaine à certaines entreprises qualifiées. La même année, de l'autre côté de l'Atlantique, Roosevelt cherchait une solution pour les Américains.
La loi sur les normes équitables du travail fut signée en 1938. Elle établit un salaire minimum fédéral, une semaine de travail de 40 heures et restreignit le travail des enfants. Mais elle ne mentionnait toujours pas les congés payés.

Cette omission était délibérée. La loi fut adoptée par le Parti démocrate, notamment par les démocrates du Sud qui avaient des opinions bien arrêtées sur les types de travailleurs devant être inclus ou exclus. Le compromis qui permit l'adoption de la loi excluait l'agriculture et les services domestiques. Il excluait également les congés payés du mandat fédéral.
L'administration Roosevelt décida que les congés payés relevaient de la négociation collective. Aux États-Unis, le secteur privé prendrait en charge cette responsabilité et commencerait progressivement à ajouter des congés pour les travailleurs.
Henry Ford et l'approche du secteur privé en matière de loisirs américains
Un exemple notable fut celui d'Henry Ford qui accorda à ses travailleurs une semaine de travail de cinq jours. Cela commençait à introduire l'idée des loisirs dans la société américaine, car sans loisirs américains, il n'y aurait pas de temps à consacrer à des choses... comme les voitures.
Ainsi, tandis que le reste du monde accordait des congés imposés par l'État, les Américains y parviendraient progressivement grâce au secteur privé et à l'idée de stimuler l'économie. Cette stratégie fonctionnerait pendant un certain temps, jusqu'à ce qu'elle ne fonctionne plus.
La Seconde Guerre mondiale suspendit les congés payés à travers l'Europe
En 1939, les lois sur les congés payés étaient essentiellement établies dans la majeure partie de l'Europe grâce à des lois centrales, au programme KDF dans l'Allemagne nazie, ou à des accords sectoriels. La Seconde Guerre mondiale perturba tout cela, et pendant six ans les congés payés furent essentiellement suspendus.
L'après-guerre créa une divergence permanente entre l'Amérique et l'Europe
Après la guerre, lorsque les gens revinrent dans les années 1940, la divergence entre l'Amérique et le reste du monde devint un schéma déterminant pour le reste du XXe siècle. Les pays européens étendirent leurs lois sur les congés payés tandis que l'Amérique continuait de s'appuyer sur les négociations du secteur privé.
Aujourd'hui, la France garantit cinq semaines de congés payés. La plupart des pays européens imposent quatre à six semaines. Et les États-Unis demeurent la seule nation développée sans obligation fédérale en matière de congés payés.
Cette famille qui montait dans le train à Paris en 1936 représente quelque chose de plus grand qu'une simple vacation. Elle représente ce qui se passe quand les travailleurs exigent leur dignité, quand les gouvernements écoutent, et quand la société décide que le repos n'est pas un luxe mais un droit.
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Nicholas Lydon
Nick est Content Marketing Manager chez Vacation Tracker, où il transforme la gestion des congés, les casse-têtes RH et les questions parfois très spécifiques sur les congés payés en contenus que l'on regarde avec plaisir. Il passe le plus clair de son temps à créer des vidéos, des articles, des campagnes et des expériences créatives qui rendent les RH un peu moins ennuyeuses.